Le saviez-vous ?

Adolescent déjà, Flaubert écrit

Flaubert adolescent
Flaubert adolescent

 

Dans ses Souvenirs sur Gustave Flaubert, Caroline Commanville raconte que son oncle a rencontré des difficultés dans l’apprentissage de la lecture. À partir de 11 ans, il est élève au Collège Royal de Rouen, le Lycée Corneille d’aujourd’hui. Il commence à écrire très jeune, des lettres et des textes personnels. Il écrit beaucoup, mais il ne publie pendant sa jeunesse que deux courts textes dans la revue rouennaise Le Colibri. Ce n’est qu’à 35 ans qu’un livre paraît pour la première fois sous son nom : Madame Bovary.

Flaubert à l’origine du « bovarysme »

 

Le Bovarysme
Emma Bovary et le Bovarysme


Le personnage d’Emma Bovary s’est généralisé en donnant la notion de « bovarysme », définie par le philosophe Jules de Gaultier au début du XXe siècle comme « la faculté départie à l’homme de se concevoir autre qu’il n’est ». Elle désigne le sentiment d’insatisfaction qu’éprouve une personne (femme ou homme) à l’égard de sa condition sociale et de sa vie affective, et qui la conduit à chercher une évasion dans le romanesque, l’imaginaire. Pour Jules de Gautier, c’est une tendance qui concerne le genre humain tout entier. Comme le dit Daniel Pennac, le bovarysme est une « maladie textuellement transmissible ». Serons-nous tous atteints de bovarysme en cette année de bicentenaire ?

Flaubert décoré de la légion d’honneur

Légion d'Honneur
Ordre de la légion d'Honneur

 

L’auteur de Madame Bovary s’était pourtant moqué du pharmacien Homais, décoré à la fin du roman (c’est la dernière phrase) : « Il vient de recevoir la Croix d’honneur. » Lui-même l’accepte pourtant, le 15 août 1866. Il lui était difficile de refuser la décoration créée par Napoléon 1er, dès lors qu’il fréquentait les milieux du Second Empire… Il arbore le ruban rouge sur les portraits d’Eugène Giraud. Ce qui ne l’empêche pas de répéter sa devise : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Dans Le Dictionnaire des idées reçues, on lit : « Décoration de la Légion d’honneur. La blaguer mais la convoiter. Quand on l’obtient toujours dire qu’on ne l’a pas demandée. »

Flaubert détestait les portraits

Flaubert par Nadar
Flaubert par Nadar

 

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, au moment où se développe la photographie, les portraits deviennent omniprésents dans la presse et dans les livres. Il refusera toujours la publication de son portrait, en photographie ou en dessin. En revanche, il envoie ses photos, prises par Nadar ou Carjat, à ses amis et amies.

Flaubert écrit à la plume d’oie

Musée Flaubert et de l'Histoire de la Médecine à Rouen
Musée Flaubert à Rouen


Flaubert dit de lui-même : « Je suis un homme-plume ». Il évoque ici sa raison d’être et sa vocation d’écrivain. Cette plume avec laquelle il se confond est exclusivement une plume d’oie. Il y restera fidèle tout au long de sa vie, malgré l’apparition de la plume de fer. Il se méfie de ce produit de l’industrie moderne, fait pour la littérature industrielle, alors que la plume d’oie est adaptée à sa fabrique artisanale du style. Il plonge cette plume d’oie dans un encrier en forme de crapaud ou de grenouille. On reste donc dans le règne de l’animalité.
 

Flaubert et la médecine

Flaubert et la médecine
Gustave Flaubert


Le père de Flaubert est chirurgien en chef à l’Hôtel Dieu à Rouen. Gustave passe ainsi son enfance et son adolescence dans le logement de fonction de l’hôpital. Il évoque cette période dans ses lettres à Louise Colet : « Quels étranges souvenirs j’ai en ce genre ! L’amphithéâtre de l’Hôtel-Dieu donnait sur notre jardin. Que de fois, avec ma sœur, n’avons-nous pas grimpé au treillage et, suspendus entre la vigne, regardé curieusement les cadavres étalés ! Le soleil donnait dessus : les mêmes mouches qui voltigeaient sur nous et sur les fleurs allaient s’abattre là, revenaient, bourdonnaient ! » La marque du milieu médical dans lequel il a vécu se retrouve dans Madame Bovary, par exemple dans l’opération du pied-bot ou l’empoisonnement et l’agonie d’Emma. La maison natale de Flaubert, dans l’ancien Hôtel-Dieu, accueille aujourd’hui le Musée Flaubert et d’histoire de la médecine.

Flaubert et le Pavillon de Croisset sur la commune de Canteleu

 

Pavillon de Croisset
Pavillon de Croisset

 

Ce pavillon est le seul vestige de la maison au bord de la Seine dans laquelle Gustave Flaubert a vécu la moitié de sa vie et où il a écrit toute son œuvre publiée de son vivant. Il travaillait dans son bureau, situé au premier étage de la maison, mais pas dans le Pavillon. Il servait de salon de jardin, le plus près du fleuve de toute l’habitation.

Flaubert inspire les pâtissiers

Les Salambos
Les Salammbos dans nos pâtisseries

On imagine que nombre de pâtissiers tentent ou ont tenté de reproduire la pièce montée de la noce d’Emma et Charles, décrite dans Madame Bovary. Mais savez-vous que le « Salambo » tient son nom du roman de Flaubert ? La maison Boissier, célèbre confiseur parisien, est fort appréciée par la haute bourgeoisie impériale de l’époque avec « les douceurs de l’empire », « les papillotes de la princesse Mathilde », « les caramels du Petit Prince. ». Boissier profite des succès au théâtre et en librairie pour adapter sa carte. Tout de suite après la publication de Salammbô, le pâtissier propose un nouveau petit-four à la crème baptisé du nom de l’héroïne. De nos jours, l’orthographe de ce délicieux gâteau est souvent simplifiée dans les vitrines de nos pâtissiers préférés en « Salambo ».

Flaubert lit ses textes à haute voix

Bureau de Gustave Flaubert
Le Bureau de Gustave Flaubert


Pour Flaubert, l’obsession du mot précis et musical est permanente. Il écrit et réécrit ses textes, en moyenne une dizaine de fois. Chacune de ses œuvres nécessite cinq années de travail. Pour tester la sonorité et le rythme de ses phrases, il les lit à haute voix, parfois même pendant qu’il écrit. Cette performance orale, il l’appelle « le gueuloir ». Mais attention : le « gueuloir » n’est pas un lieu précis ; le mot désigne un mode d’écriture à l’oreille. « Je suis exténué d’avoir gueulé toute la soirée en écrivant » (à Louise Colet, 21 mars 1853) ; « Je continue à hurler comme un gorille dans le silence du cabinet » (à sa nièce Caroline, 7 août 1876).

Flaubert mentor de Guy de Maupassant

Guy de Maupassant
Guy de Maupassant

 

 

Neveu du meilleur ami de jeunesse de Flaubert, le jeune Guy de Maupassant est accueilli par son aîné comme un fils spirituel. Des rumeurs ont fait courir le bruit d’une paternité biologique, mais au vu du calendrier de Flaubert, elle est impossible. Flaubert prend le jeune homme sous son aile, il corrige ses premiers textes, lui inculque quelques principes d’écriture et l’introduit dans les milieux littéraires. Leur correspondance témoigne d’une grande proximité entre ces deux écrivains normands, séparés par une génération.

Flaubert n’a jamais écrit « Madame Bovary, c’est moi ! »

Madalme Bovary Isabelle Huppert
Emma Bovary

 

C’est la phrase la plus célèbre prêtée à Flaubert. On n’en trouve pourtant aucune trace dans ses lettres ni dans les témoignages de ses proches.

Il s’agit là d’une tradition orale. Il aurait dit à … qui l’aurait répété à … C’est vraiment fort peu probable, d’autant que l’auteur s’est toujours gardé d’une identification au personnage d’Emma Bovary. Ci-contre, Isabelle Huppert, Madame Bovary dans le film de Claude Chabrol.

Flaubert n’a pas toujours connu le succès de son vivant

Procès Bovary
Procès  Bovary

 

La fortune critique de Flaubert est très variable d’un roman à l’autre et la critique ne l’a pas ménagé. La publication de Madame Bovary lui vaut un procès pour outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs et à la morale religieuse. Il est acquitté, contrairement à Baudelaire poursuivi la même année (1857) pour Les Fleurs du mal. En grande partie grâce au scandale, le succès de son premier roman est immédiat. Le deuxième roman, Salammbô, très différent du premier, élargit son audience, malgré la querelle qui s’ensuit, entretenu par Sainte-Beuve et par l’archéologie Guillaume Frœhner.

Flaubert souffrait-il de crises d’épilepsie ?

 

Epilepsie
L'épilepsie


À partir de 1844, Flaubert est sujet à des crises nerveuses intermittentes. Lui-même parle de « maladie de nerf », sans jamais prononcer le mot (tabou à l’époque) d’épilepsie. Après la mort de Flaubert, Maxime Du Camp révèle cette maladie dans ses Souvenirs littéraires. Aujourd’hui, tous les médecins sont d’accord pour poser le diagnostic d’épilepsie. Mais les « littéraires » sont tentés par une autre interprétation : Sartre, dans L’Idiot de la famille, la définit comme une « névrose hystérique ». On discute encore pour savoir si Flaubert est mort le 8 mai 1880 d’une crise d’épilepsie ou bien d’une hémorragie cérébrale.

Flaubert, des œuvres inachevées

Bouvard et Pécuchet
Bouvard et Pécuchet

 

« 1% d’inspiration, 99% de transpiration » : la formule aurait pu être inventée pour Flaubert. Il ne croit plus en effet à l’inspiration romantique (les idées qui tombent du ciel), remplacée par le travail artisanal sur la phrase, indéfiniment reprise jusqu’à la perfection. Pendant les cinq années que demande chaque œuvre, il a le temps de penser à de nombreux projets qu’il n’a pas pu réaliser, mais il n’a jamais abandonné en cours de route une œuvre qu’il avait commencée à écrire. Seul Bouvard et Pécuchet est inachevé, mais il n’y est pour rien : il meurt avant de l’avoir terminé. Ce roman aurait dû comporter deux volumes, le second incluant Le Dictionnaire des idées reçues auquel Flaubert a pensé une grande partie de sa vie. Il est également inachevé.

Flaubert, écrivain sans frontières

 

Site Flaubert CéRédi
Site du CéRédi


Flaubert est l’un des écrivains les plus traduits dans le monde. Pendant deux ans, des chercheurs du monde entier ont alimenté une base de données sur les traductions de ses œuvres. Elle comprend actuellement 2400 références à retrouver sur le site Internet de l’université de Rouen. Si Flaubert fut un grand voyageur durant sa vie (Égypte, Asie mineure, Turquie, Grèce, Italie, Tunisie, Angleterre), ses œuvres voyagent aujourd’hui dans tous les pays du monde.

Flaubert, grand auteur de théâtre ?

 

THéâtre
Au théâtre

C’est sans doute une de ses plus grandes déceptions : ne pas avoir été reconnu comme auteur de théâtre. Le théâtre a toujours été sa passion, depuis l’enfance. Avec Bouilhet, véritable dramaturge, il a pu faire du théâtre par procuration. Après la mort de son meilleur ami, il a composé Le Candidat, une comédie politique, représentée en 1874 au théâtre du Vaudeville. C’est un échec cuisant. En 2007, on peut lire dans L’Express : « Cette farce où nos quémandeurs tentent d’attraper la gloire au moyen de la tricherie est d’une actualité brûlante. » De nos jours, on ne compte plus les adaptations de Gustave Flaubert au théâtre. Une revanche de l’auteur à titre posthume ? Mais il s’agit d’adaptations de ses œuvres romanesques. On ne joue presque plus le théâtre de Flaubert.

Flaubert, le nom de nos rues, de nos écoles et même d’un pont !

Le pont Gustave Flaubert à Rouen
Le Pont Gustave Flaubert à Rouen


On ne compte plus les rues ou les avenues Gustave Flaubert. On dénombre une dizaine d’écoles Flaubert, trois collèges Flaubert (Duclair, Pont-l’Evêque et Paris) et l’excellent Lycée Gustave Flaubert de Rouen. Et depuis 2008, Gustave Flaubert a même un pont à son nom. Il s’agit du pont levant routier qui franchit la Seine dans l’ouest de Rouen. À la suite d’une consultation menée par la Mairie de Rouen, ce sont les habitants eux-mêmes qui ont souhaité lui rendre hommage, lui offrant ainsi une place aux côtés d’autres célèbres Normands : Mathilde, Corneille, Boieldieu, Jeanne d’Arc, Guillaume le Conquérant, qui avaient déjà donné leur nom aux cinq premiers ponts.

Flaubert, un célibataire endurci

Flaubert par Carjat
Flaubert par Carjat

Flaubert affectionnait les femmes ; on lui connaît de nombreuses liaisons, avec des durées et des intensités variables. Son premier grand amour remonte à sa quatorzième année, quand il rencontre sur la plage de Trouville Élisa Schlésinger, déjà mariée, qui aura une place majeure dans L’Éducation sentimentale. Avec Louise Colet, il entretient une liaison de 7 ans, en deux périodes (1846-1849 ; 1851-1854). Il finira par la quitter car la passion dévorante dont Louise Colet fait preuve lui fera presque peur... On sait par ailleurs, qu’il ne fut pas avare de relations sexuelles avec des prostituées ou d’autres femmes rencontrées au cours de ses voyages. Il a entretenu une liaison régulière quoiqu’intermittente avec la gouvernante anglaise Juliet Herbert, qui fut l’institutrice de sa nièce, avant de retourner à Londres. Il portait un amour profond à sa mère et à sa nièce Caroline, qui partagea une grande partie de sa vie. Flaubert est resté célibataire et n’a pas eu d’enfants, sûrement pour se consacrer entièrement à l’écriture. Quant à l’amour, voilà ce que Flaubert en dit : « Je n’ai jamais trouvé dans ce suprême bonheur que troubles, orages et désespoir » ; « L’amour, ça a été le grand sujet de réflexion de toute ma vie. Ce que je n’ai pas donné à l’art pur, au métier en soi, a été là ; et le cœur que j’étudiais, c’était le mien » ; « L’amour physique, je l’ai toujours séparé de l’autre. »

Flaubert, un travailleur acharné

Contrairement à la réputation d’artiste désœuvré qu’il avait auprès de ses concitoyens, Flaubert ne peut être accusé d’une quelconque fainéantise ! C’était un travailleur acharné avec une incroyable capacité de travail. Il travaillait tous les jours de la semaine. Il est assis à sa table de travail en moyenne 10 heures par jour. Il se couche parfois à 2h du matin. Même quand il s’est cassé la jambe, en 1879, il continuera de travailler… dans son lit.

Madame Bovary, un roman et de nombreuses adaptations

 

Affiche Chabrol
Madame Bovary

 

Le premier roman publié par Flaubert est son œuvre la plus connue. Il figure dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps ou encore dans la liste des 1001 livres à lire avant de mourir. Sa première édition en 1857 est tirée à 6.750 exemplaires et est épuisée en deux mois seulement. On compte aujourd’hui un nombre incalculable d’éditions et rééditions de l’œuvre. Le roman a fait également l’objet de nombreuses éditions illustrées et d’adaptations au cinéma et à la télévision. La plus célèbre est le film de Claude Chabrol, sorti en 1991, avec Isabelle Huppert dans le rôle d’Emma Bovary. Ce roman culte ne cesse d’inspirer les écrivains et les artistes. Il existe même une bande-dessinée, un manga et un roman graphique !

Parmi les amis de Flaubert, des écrivains célèbres

Grands auteurs
Les amis écrivains

 

Flaubert est fidèle en amitié. Il entretient une abondante correspondance avec ses amis, parmi lesquels de nombreux artistes et écrivains. Ses lettres à sa maîtresse Louise Colet et à son amie George Sand sont les plus célèbres de sa correspondance. La postérité l’appelle « l’ermite de Croisset », mais il recherche la compagnie de ses amis, qu’il reçoit quand il est à Paris, plus rarement à Croisset, près de Rouen. Parmi ses proches : Louis Bouilhet, Maxime Du Camp et, dans les dernières années de sa vie, Guy de Maupassant, qui n’est pas encore célèbre à cette époque. Il fréquente assidûment Théophile Gautier, les frères Edmond et Jules de Goncourt, l’écrivain russe Ivan Tourgueniev, Victor Hugo et Émile Zola.